Pour un système d’épargne plus juste
Voici les étapes les plus importantes dans notre projet de coopérative financière, avec quelques chiffres pour rendre les choses plus concrètes :
1) Un groupe de personnes (10 à 15 pour commencer) réunissent une partie de leur épargne (disons 30000 euros en tout). La somme constitue le portefeuille d’investissement de la coopérative.
2) Quelques personnes dans le groupe sont choisies pour gérer l’argent réuni. Nous avons dans notre cas choisi 1 juriste, 1 comptable fiscaliste et 2 financiers
3) Le portefeuille est divisé en 10 bourses de 3000 euros (ou 5 de 6000 euros, selon le choix du groupe)
4) Les bourses sont investies dans des projets différents : un pharmacie, un restaurant, une entreprise de livraison, une association de soutien scolaire, une salle de sport, …
Chaque projet a un profil de risque/rentabilité différent : la pharmacie gagne par exemple plus d’argent en hiver, alors que le restaurant exploite sa terrasse et réalise un plus gros chiffre d’affaire en été. L’entreprise de livraison a des clients réguliers et présente un risque d’investissement moindre. Enfin, l’association de soutien scolaire, ne réalise pas de bénéfices (pas chiffrables en euros en tout cas).
L’allocation du portefeuille est faite en prenant en compte ces différences de risque/rentabilité entre les projets, pour faire en sorte que les pertes potentielles des uns soient compensées par les bénéfices des autres.
5) Chaque bourse est investie dans un projet, selon un type de partenariat:
on choisit par exemple de « prêter » une bourse à l’association de soutien scolaire pour une durée d’un an à un taux 0 (sinon ça ne serait pas un prêt mais une location usuraire…).
On « investit » dans le restaurant en prenant des parts dans le capital de l’entreprise pour une durée d’un an. En contrepartie de notre investissement, nous toucherons une part proportionnelle des bénéfices ou nous assumerons une part proportionnelle des pertes.
Nous sommes donc dans une vraie logique de partenariat et d’entraide économique. L’intérêt (sans mauvais jeu de mot) de notre groupe va dans le même sens que celui des entrepreneurs, et nous sommes également là pour les aider et leur donner notre avis en cas de coup dur : les compétences des membres du groupe (marketing, vente, informatique, comptabilité, mathématiques, droit, …) sont toujours disponibles pour donner quelques conseils.
6) En fin d’année, un bilan est réalisé des projets auxquels nous avons participé :
Projet A :
Somme investie en début d’année: 3000 euros
Valeur de la part en fin d’année : 2500 euros
Bénéfices :-500 euros
Projet B :
Somme investie en début d’année: 3000 euros
Valeur de la part en fin d’année : 3700 euros
Bénéfices :-700 euros
…
Projet Z :
Somme investie en début d’année: 3000 euros
Valeur de la part en fin d’année : 3000 euros
Bénéfices : 0 euros
En additionnant les gains et les pertes de chaque projet, on aboutit à une valeur totale du portefeuille de 32000 euros par exemple, et chaque membre du groupe d’investissement touche une part des bénéfices proportionnellement à ce qu’il a investi.
7) La Zakat el Mal (2.5% de l’épargne) peut également être incorporée directement dans le système de coopérative et versée à des associations habilitées.
8) Dans notre exemple, les entrepreneurs avec qui nous avons travaillé se sont aidés les uns les autres par notre intermédiaire sans même sans rendre compte : les bénéfices de la pharmacie ont par exemple compensé les pertes du restaurant, etc… Par ailleurs, les entrepreneurs qui ont bénéficié de notre aide cette année pourront être des investisseurs dans la coopérative dès l’année suivante, et ainsi participer positivement à la dynamique du système.
9) C’est donc un véritable cercle vertueux qui se met en place au fil des investissements :
- les investisseurs sont responsabilisés quant à l’usage qui est fait de leur argent, et ils l’orientent volontairement vers l’entraide de ceux avec qui ils vivent.
- l’ensemble des investisseurs et des entrepreneurs favoriseront davantage les entreprises et associations qui participent au réseau de la coopérative (le restaurateur va à la pharmacie, les élèves du soutien scolaire vont également à la salle de sport, la pharmacie utilise l’entreprise de livraison pour ses urgences, et ainsi de suite, …)
- une fois l’étape d’incubation dépassée, la coopérative peut s’agrandir et ainsi élargir le réseau d’entraide économique, tout en servant d’exemple et de support à d’autres coopératives dans d’autres régions, au-delà même de la communauté musulmane…
10) L’existence d’un système économique juste, qui respecte l’environnement, ne laisse personne sur le bord de la route et participe au développement social, fait voler en éclat le modèle capitaliste classique qu’on nous présente malhonnêtement comme étant le seul viable, le seul possible. Réussir à faire vivre une telle initiative, avec l’aide de Dieu (swt) et conformément à l’éthique musulmane, c’est réaliser la démonstration, définitive et sans appel, que le système économique dans lequel on essaie de nous enfermer est bien ce que l’on pensait de lui : une imposture destinée à faire prospérer un petit groupe aux dépens du reste du monde.


4 Comments:
SalamAleykoum
Trés juste! et belle conclusion
Qu'Allah vous aide dans votre entreprise...
Salha
sallam très cher frère et que dieu te bénisse pour ton action et ta réflexion. Pouvons nous t' aider en quoi que ce soit?
Salam,
Je vous invite à découvrir Ribh, l'Observatoire de la finance halal : http://ribh.wordpress.com
Tombé par hasard sur l'article, je dois avouer avoir été impressionné tant par la simplicité que par l'esprit même du projet. Il suffit d'y penser et il est vrai que ce projet est tout simplement génial, j'espère qu'il va prospérer encore et encore, en tout cas, quoi qu'il arrive, je vous tire mon chapeau !
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