Finance Islamique & Ethique

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Name: marwan mohamed
Location: london

as salaam alaikum. je m'appelle marwan, j'ai 29 ans, je suis d'origine egyptienne, citoyen français, ingénieur en mathématiques financières en poste à Londres. j'étudie les questions de finance, d'assurance et d'économie musulmanes depuis près de 5 ans et j'essaie ici de donner quelques éléments de reflexion sur ces disciplines, ainsi que quelques reponses aux questions les plus frequement posées. vous trouverez egalement des liens sur des sources d'informations fiables sur l'Islam de façon plus générale incha Allah. je n'ai bien sur par la prétention d'être exhaustif sur le domaine, mais si cet espace pouvait être le lieu d'une reflexion éclairée sur le rôle que la finance moderne peut jouer dans l'accomplissement de l'idéal de justice, ici sociale et économique, que soutend l'Islam avec l'aide de Dieu (swt), nous en sortirions tous enrichis (à tous les temps et dans tous nos espaces, relatifs et absolus :-) incha Allah. wassalaam alaikum wa rahmatullahi wa barakatuhu.

Thursday, June 26, 2008

Banque islamique: de la propagande a la realite, partie 3/3

Et si la banque n’existait pas, faudrait il l’inventer ?

En désaccord avec le système d’épargne et d’investissement tel qu’il est pratiqué en France aujourd’hui (tant sur le fond que sur la forme), il nous faut réfléchir à des solutions alternatives, plus justes et plus respectueuses de chacun.

Un tel système d’épargne devait respecter le droit musulman (qui a, entre autres, la vertu de garantir l’équité entre les partenaires), être un moteur positif pour l’environnement économique, social et naturel dans lequel il est développé et s’insérer pleinement dans les cadres que prévoit la loi française pour les entreprises et les associations.


Le modele coopératif, en 10 points :

Voici les étapes les plus importantes d’un projet de coopérative financière, avec quelques chiffres pour rendre les choses plus concrètes :

1) Un groupe de personnes (10 à 15 pour commencer, par exemple) réunissent une partie de leur épargne (disons 50000 euros en tout). La somme constitue le portefeuille d’investissement de la coopérative.

2) Quelques membres du groupe sont choisies pour gérer l’argent réuni. Nous pouvons choisir, dans notre exemple : un juriste, un comptable fiscaliste et un financier.

3) Le portefeuille est divisé en 10 bourses de 5000 euros (ou 5 de 10000 euros, selon le choix du groupe)

4) Les bourses sont investies dans des projets différents : un pharmacie, un restaurant, une entreprise de livraison, une association de soutien scolaire, une salle de sport, …

Chaque projet a un profil de risque/rentabilité différent : la pharmacie gagne par exemple plus d’argent en hiver, alors que le restaurant exploite sa terrasse et réalise un plus gros chiffre d’affaire en été. L’entreprise de livraison a des clients réguliers et présente un risque d’investissement moindre. Enfin, l’association de soutien scolaire, ne réalise pas de bénéfices (pas chiffrables en euros en tout cas), mais a un impact social positif.

L’allocation du portefeuille est faite en prenant en compte ces différences de risque/rentabilité entre les projets, pour faire en sorte que les pertes potentielles des uns soient compensées par les bénéfices des autres.

5) Chaque bourse est investie dans un projet, selon un type de partenariat:

on choisit par exemple de prêter une bourse à l’association de soutien scolaire pour une durée d’un an à un taux 0 (sinon ça ne serait pas un prêt mais une location usuraire…), sur le format Qard.

On « investit » dans le restaurant en prenant des parts dans le capital de l’entreprise pour une durée d’un an, soit dans le cadre d’une Mousharaka (l’entrepreneur et les investisseurs apportent des capitaux), soit via une Moudaraba (l’entrepreneur apporte son expertise et les investisseurs apportent les capitaux). En contrepartie de notre investissement, nous toucherons une part proportionnelle des bénéfices ou nous assumerons une part proportionnelle des pertes.

Nous sommes donc dans une vraie logique de partenariat et d’entraide économique. L’intérêt (sans mauvais jeu de mot) de la cooperative va dans le même sens que celui des entrepreneurs, et les membres de la cooperative sont également là pour les aider et leur donner notre avis aux entrepreneurs en cas de coup dur : les compétences des membres du groupe (marketing, vente, informatique, comptabilité, mathématiques, droit, …) sont toujours disponibles pour donner quelques conseils.

6) En fin d’année, un bilan est réalisé des projets auxquels la cooperative a participé :

Projet A :
Somme investie en début d’année: 5000 euros
Valeur de la part en fin d’année : 5500 euros
Resultat : un benefice de 500 euros

Projet B :
Somme investie en début d’année: 5000 euros
Valeur de la part en fin d’année : 4700 euros
Resultat: une perte de 300 euros



Projet Z :
Somme investie en début d’année: 5000 euros
Valeur de la part en fin d’année : 5000 euros
Bénéfices : 0 euros

En additionnant les gains et les pertes de chaque projet, on aboutit à une valeur totale du portefeuille de 54000 euros, par exemple, et chaque membre du groupe d’investissement touche une part des bénéfices proportionnelle à ce qu’il a investi (c'est-à-dire que si j’ai investi 5000 euros, soit 1/10e du capital, je touche 400 euros de dividende, soit 1/10e des benefices nets).

7) La Zakat el Mal (2.5% de l’épargne) peut également être incorporée directement dans le système de coopérative et versée à des associations habilitées ou directement aux ayant-droits.

8) Dans notre exemple, les entrepreneurs beneficiants du financement par la cooperative s’aident les uns les autres par notre intermédiaire sans même s’en rendre compte : les bénéfices de la pharmacie ont par exemple compensé les pertes du restaurant, etc… Par ailleurs, les entrepreneurs qui bénéficient de la cooperative cette année pourront être des investisseurs dans la coopérative dès l’année suivante, et ainsi participer positivement à la dynamique du système.

9) C’est donc un véritable cercle vertueux qui se met en place au fil des investissements :
- les investisseurs sont responsabilisés quant à l’usage qui est fait de leur argent, et ils l’orientent volontairement vers l’entraide de ceux avec qui ils vivent.
- l’ensemble des investisseurs et des entrepreneurs favoriseront davantage les entreprises et associations qui participent au réseau de la coopérative (le restaurateur va à la pharmacie, les élèves du soutien scolaire vont également à la salle de sport, la pharmacie utilise l’entreprise de livraison pour ses urgences, et ainsi de suite, …)
- une fois l’étape d’incubation dépassée, la coopérative peut s’agrandir et ainsi élargir le réseau d’entraide économique, tout en servant d’exemple et de support à d’autres coopératives dans d’autres régions, au-delà même de la communauté musulmane…

10) L’existence d’un système économique juste, qui respecte l’environnement, ne laisse personne sur le bord de la route et participe au développement social, fait voler en éclat le modèle capitaliste classique qu’on nous présente malhonnêtement comme étant le seul viable, le seul possible. Réussir à faire vivre une telle initiative, avec l’aide de Dieu (swt) et conformément à l’éthique musulmane, c’est réaliser la démonstration, définitive et sans appel, que le système économique dans lequel on essaie de nous enfermer est bien ce que l’on pensait de lui : une imposture destinée à faire prospérer un petit groupe aux dépens du reste du monde.

En mettant en place ce modele, on remplace de maniere positive la fonction d’epargne et d’investissement que remplit aujourd’hui la banque.

Reste deux fonctions essentielles de la banque qu’il nous faut traiter :


Le financement immobilier :

En dehors du systeme d’achat + revente avec marge que realisent les banques islamiques aujourd’hui (et qu’une partie de la communaute musulmane decrit aujourd’hui comme une « solution de contournement » des interets bancaires), serait il possible de trouver une vraie alternative, qui remette en cause a la fois le systeme des credits ainsi que l’esprit qui y preside ?

En s’inspirant de l’idee du modele cooperatif, deux solutions semblent sortir du lot (parmi une dizaine de solutions acceptables):

- la musharaka immobiliere : 10 personnes achetent un bien immobilier coutant 100 000 euros en formant une SCI (societe civile immobiliere). Tous ont des situations personnelles differentes : l’un finit ses etudes, l’autre travaille mais vit chez ses parents, un autre encore est marie sans enfants et vit dans un studio qu’il loue, etc… et l’un d’entre eux est marie et a deja des enfants. Il apparaît clair que chacun des membres de la SCI n’a pas besoin d’une maison immediatement et dispose d’une somme mise de cote. Dans la gestion de cette difference de besoin reside le principe du montage. Dans cet exemple, le couple marie avec enfants est l’accedant a la propriete finale du logement. Au debut, il possede 1/10e de la maison + le droit d’y habiter. Chaque annee, il rachete une part en respectant un ordre de priorite determine par l’evolution des besoins des autres membres. Par exemple, la deuxieme annee, il rembourse l’autre couple (jusque la sans enfants) qui vient de feter une tres heureuse nouvelle, al hamdulillah, et qui souhaite maintenant acquerir un bien. Cette meme annee, le jeune diplôme qui vivait encore chez ses parents, projette de se marier insha Allah et d’avoir des enfants, et ainsi de fonder une famille l’annee suivante, etc…

En rachetant une part chaque annee, la famille peut ainsi pleinement acquerir le bien en 10 ans, sans qu’aucun interet ne soit verse. Le prix de rachat des parts peut etre determine soit par une moyenne des estimations du bien par des agences chaque annee, soit par le recours a un indice immobilier. Ainsi, si la valeur du bien passe a 10 5000 euros apres deux ans, il parait legitime que le prix de rachat de part pour cette meme annee soit de 10 500 euros. Le versement d’un loyer est egalement acceptable, dont le « proprietaire en devenir » se re-verserait indirectement une part proportionelle au nombre de parts deja acquises dans son logement (la premiere annee 1/10e, puis 2/10e, etc jusqu'à ce que la part de loyer deboursee tombe a zero l’annee ou il a fini de racheter toutes les parts).

Ce montage a le merite de pouvoir etre mis en place immediatement et d’offrir une methodologie totalement opposee a celle des interets bancaires. Il cree un lien social d’entraide entre les membres et leur permet d’utiliser leur epargne positivement, tout en preparant eux meme une possible future accession a la propriete. Un organisme independant peut se charger de mettre en relation les membres d’un cercle et de les aider dans les formalites (etalement des rachats de parts, conseil juridique et notarial, etc…). Une cooperative de ce type fonctionne deja a Toronto, dans un format simplifie, et a finance deja plusieurs centaines de logement sur ce principe.

- la musharaka en communaute : un groupe de familles formule un projet de vie dans lequel ils souhaitent vivre ensemble. Ils mettent en commun leurs economies pour acheter un terrain (ou un immeuble a rehabiliter) et demarrer le projet.

Une entreprise de construction/travaux est partenaire du projet et accepte, dans une certaine mesure, d’echelonner les paiements qui lui sont dus. La premiere annee, 10 familles investissent et les travaux de gros-œuvre commencent. Les travaux sont organises en faisant l’un des choix suivants :

a) On met l’accent sur la rapidite de livraison de l’ensemble des logements. Dans ce cas, les familles acceptent l’idee de rester dans leur logement actuel et d’enmenager toutes en meme temps 3 a 4 ans plus tard.
b) On met l’accent sur la rapidite de livraison des logements un par un. Dans ce cas, la (ou les) premiere(s) famille(s) peut enmenager tres rapidement (12 a 18 mois plus tard), et ainsi economiser le cout du loyer, puis les autres familles dans les annees suivantes, etc. Mais, dans ce cas, la conclusion du projet final est un peu rallongee.

Une serie de possibilites se rajoute au projet : terrain de jeu pour les enfants, espace commun avec activites familiales et religieuses, bibliotheque commune, organisation d’une creche ou d’une ecole familiale, bref, tout un projet de vie a construire autour du modele familial musulman et de la mise en commun de competences jusque la isolees.

Les islamophobes laicards pourront crier (voire aboyer) au communautarisme mais, jusqu'à preuve du contraire, les Musulmans font ce qu’ils veulent de leur argent et cette forme de vivre-ensemble n’exclut, a aucun moment, les non-Musulmans, pour peu qu’ils respectent une certaine ethique et un projet de vie.


Les services bancaires conventionnels :

Si nous arrivons a converger vers un systeme economique ou il ne reste aux banques que la gestion des chequiers, des cartes de paiement et des virements automatiques, alors nous pourrons considerer, insha Allah, que l’essentiel de la tache est accomplie. Pour en finir avec elles, si on le souhaite vraiment, on pourra favoriser les echanges d’argent au lieu des moyens de paiement indirects. On convergera alors progressivement vers un systeme d’economie reelle ou la fonction bancaire sera reduite a sa plus simple et plus utile expression : celle d’intermediation monetaire (transferts internationaux, securite des paiements, etc).

L’objectif gobal, en fait, est celui que propose l’Islam quand il traite des choses materielles et de la vie d’ici bas: chercher un equilibre entre le mode de vie que l’on choisit, l’environnement dans lequel on l’accomplit, en gardant bien sur a l’esprit qu’il n’est qu’un monde materiel, une emulation et une experience sensorielle destinee a nous eprouver. L’argent et la richesse prennent alors une valeur de moyen.

Nous sommes responsables de la facon dont nous nous le procurons.

Nous sommes responsables de l’usage que nous en faisons.

Or, les prescriptions de l’Islam ayant trait a l’economie, au vivre ensemble et au respect de l’environnement sont les seules qui garantissent a tous et a toutes la securite, le bonheur et un horizon de vie durable pour les generations a venir, si « durable » voulait encore dire quelque chose, tant notre statut sur cette terre est precaire, car Dieu (swt), dans sa toute puissance, peut nous en supprimer tout aussi facilement qu’Il nous y a place la premiere fois.

Monday, May 05, 2008

Banque islamique: de la propagande a la realite, partie 2/3

« Pourquoi les intérêts sont ils interdits en Islam ? »

« Je voudrais m’acheter une maison, est ce que vous pouvez me faire un prêt ? »

« Comment la finance de marché pourrait elle devenir islamique ? »

« Vous autres Musulmans passez votre temps a critiquer le système existant, mais qu’avez-vous donc à proposer ? »

« Peut on être Musulman et capitaliste ? »

« Pourquoi les pays africains ne peuvent jamais rembourser leur dette ? »

« Existe-t-il une économie musulmane ? »

« Un frère m’a dit que c’était haram de prendre une assurance, est ce que c’est vrai ? »

« Pourquoi est ce que je ne pourrais pas investir en bourse ? »

« Si vous n’êtes pas content du système ici, pourquoi n’allez vous donc pas dans un pays musulman ? »

« Moi je veux bien investir, mais çà ne m’intéresse pas si c’est risqué. N’êtes vous pas d’accord ? »

Autant de questions notées sur des bouts de papier au détour d’une conférence, d’une discussion, d’un repas, qui sont autant de facettes du problème économique, social et moral auquel nous devons faire face sans trahir notre religion et (donc) notre éthique.

Si ces interrogations semblent être très hétérogènes dans leur forme, elles appellent le même débat de fond : Comment définir les bases d’un système économique juste et garantissant des relations équitable entre chaque intervenant du système, du consommateur occidental (ou pas) à l’agriculteur du bout de la planète, en passant par les gouvernements, les entreprises, les familles, etc… ?

Le Coran et la Sunna du Prophète Muhammad (asws) nous donnent un mode opératoire précis et efficace permettant l’établissement d’un tel système, duquel on peut préciser ici quelques lignes directrices :

- interdiction absolue des intérêts- interdiction de la spéculation
- introduction d’une responsabilité morale dans les relations socio-économiques
- définition de contrats-cadres entre des intervenants économiques pour garantir l’équité des transactions
- système de redistribution des richesses et de prise en charge des personnes en difficulté via la Zakat (incluant également une contribution spécifique de la part des non-Musulmans)
- promotion de relations économiques fortes entre pays voisins
- régulation des prix de marché par la priorité donnée a l’économie réelle sur l’économie spéculative
- usage de valeurs de référence (étalon-or notamment)
- schémas de résolution concertée pour les litiges commerciaux
- responsabilité de chaque homme et femme quant à l’acquisition de ses richesses et à l’usage qu’il/elle en fait
- etc, etc…

Toutes ces mesures et recommandations sont applicables immédiatement pour peu qu’on ait l’entière et profonde conviction de leur ultime sagesse (ce qui est le cas de l’auteur) et l’engagement moral suffisant pour s’y conformer, avec la sincérité et la constance que nous devons à notre foi (ce qui manque encore aujourd’hui à la majorité d’entre nous, à commencer par l’auteur).

Une fois d’accord sur l’objectif à atteindre (justice économique et sociale garantie pour tous et toutes par un système socio-économique respectant l’éthique et le droit musulmans), deux chemins (ou plutôt deux attitudes) s’offrent à nous, que je présente ici comme le feraient leurs défenseurs respectifs :

1) « Le système actuel est mauvais et injuste, mais il est trop largement répandu et accepté pour qu’on puisse le changer brutalement. Si on veut vraiment influer positivement sur le cours des choses, il faut accéder aux leviers de pouvoir de cette société pour pouvoir enfin la réformer de l’intérieur. Cela ne veut pas dire que nous devons trahir nos idées, mais il faut être réaliste et comprendre les défis auxquels nous devons faire face pour pouvoir y répondre : le problème du logement qui touche tant de familles musulmanes, la circulation d’argent en direction des pays pauvres qui serait complètement paralysée si le système bancaire disparaissait, le coût de la vie qui exploserait si on bloquait les rouages de l’économie globale, etc… Le système économique peut être adapté, pour devenir au fur et à mesure pleinement conforme à notre éthique et à notre religion, et nous permettre ensuite d’atteindre notre objectif de justice sociale et économique à l’échelle planétaire. Bien sur, ce n’est pas pour demain, et il va falloir du temps avant que tout soit parfait (autant que quelque chose puisse vraiment l’être dans ce monde), mais au moins nous aurons posé la première pierre dans la reconstruction d’un édifice auquel nous aspirons tous : un Islam fort, conscient des défis de notre temps sans pour autant renier la richesse de son passé. »

2) « Nous rejetons le système capitaliste actuel. Et avec lui tout ce qu’il représente : ses valeurs, les intérêts des puissants auxquels il profite exclusivement et, plus que tout, la servitude à laquelle il condamne tant de nos frères et sœurs à travers le monde sans que l’un de nous lève le petit doigt. Le système bancaire et financier d’aujourd’hui a remplacé les chaînes et les fouets d’autrefois. La colonisation physique et militaire a laissé place à une colonisation économique et culturelle dont nous sommes le plus souvent, Musulmans d’Occident, d’inconscients et fidèles serviteurs. Faire des compromis avec un tel système pour pouvoir s’acheter des maisons et des voitures, c’est faire très précisément ce que le système attend de nous : devenir quelques millions de consommateurs de plus dont la religion est devenue une identité-marketing, accepter la situation des malheureux de ce monde tant que notre confort personnel n’est pas remis en cause, échanger une intégration de façade contre une désintégration de notre intégrité morale et religieuse. Un autre système est possible, mais il nécessite d’être construit de zéro, pour ne pas être corrompu par les idées du système capitaliste actuel et rester fidèle à l’Islam. Pour peu que nous soyons cohérents avec nos idées, d’autres viendront nous aider et nous soutenir, qu’ils soient Musulmans ou non, quand ils auront vu pour eux même la réelle justice de ce que nous avons à proposer. Le système capitaliste d’aujourd’hui implosera alors de lui même. »

Le lecteur ressentira peut être une affinité naturelle avec l’un de ces discours plus qu’avec l’autre, mais il m’est personnellement bien impossible de dire lequel est celui que nous devrions suivre, en tant que communauté de croyants. Bien que mon cœur penche plutôt vers le deuxième choix (surtout parce qu’il nous renvoie à notre examen de conscience et appelle en nous un envie de reforme et un refus de l’injustice), je comprends également les arguments du premier, même s’il se drape souvent dans le langage des dominants fait de réalisme, de pragmatisme et de sens du compromis. Il appartient aux gens de Science (je ne parle ici ni d’orientalistes voulant nous soigner pour notre salut, ni d’experts en économie visionnaires, mais de savants Musulmans capable d’interpréter de manière authentique le message de l’Islam à la lumière du contexte actuel) de nous préciser la (ou les) marche(s) à suivre sur cette question.

Comment répondre aux attentes de millions de familles musulmanes européennes pour qui l’acquisition d’un logement est le premier facteur de stabilité, ainsi qu’un élément déterminant dans leur qualité de vie et celle de leurs enfants ? Quelles réponses pratiques apporter concernant le financement des voitures, les contrats d’assurances, l’épargne et les services bancaires de la vie quotidienne ?

C’est pour enfin agir concrètement sur ces questions que les Musulmans britanniques ont approuvé en grande majorité la création de l’Islamic Bank of Britain (IBB), fondée par des Musulmans dans le respect de la Shari’a et du droit financier britannique (dont le législateur a concédé quelques aménagements pour faciliter les transactions immobilières conformes à l’Islam). La banque offre aujourd’hui une large gamme de solutions d’épargne et de financement, ainsi qu’une série de services bancaires plus généraux (internet banking, cartes de paiement, comptes multidevises, etc…). Bien sur, il reste encore pas mal d’efforts d’ingénierie financière et juridique à réaliser afin que les solutions apportées soient plus que de simples contournements des services financiers classiques. Mais au moins, les dirigeants d’IBB font preuve de suffisamment d’honnêteté et de sincérité pour reconnaître les imperfections de leur offre et l’améliorent au fil de leur expérience. Ces considérations font qu’il existe un gouffre (moral et éthique) entre une banque créée par des Musulmans comme IBB (avec parfois des erreurs et des manques) et une succursale d’une banque classique tentant maladroitement (voire hypocritement) de séduire le « marché-musulman » à coups de logos et de calligraphies orientales sur leurs prospectus.

On peut (légitimement) être insatisfait de ces solutions bancaires transitoires, mais elles ont le mérite de répondre à de larges demandes de manière acceptable, quoique parfois discutables sur leur impact économique et moral à long terme. Elles sont impatiemment attendues en France par des milliers de Musulmans désireux de pouvoir enfin « avoir une banque à qui parler » sans que quelqu’un appelle la sécurité à chaque mention des mots « Musulmans », « halal », « haram » ou tout simplement « responsabilité morale » dans le bureau d’un chargé de clientèle. Côté pratique, les femmes musulmanes portant le hijab qui se sont vues refuser l’accès au sas de sécurité d’agences bancaires en France apprécieraient également d’être traitées avec un minimum de respect de leur dignité humaine, dans un pays où chaque défenseur d’une certaine vision de la laïcité se sent profondément et personnellement investi du devoir d’expliquer aux Musulmans, par la pratique si possible, qu’ils ne sont pas les bienvenus ici s’ils espèrent pratiquer sincèrement leur religion.

Insatisfaits du système bancaire classiques, il reste à proposer, insha Allah, une alternative crédible et novatrice qui remette en cause les valeurs mêmes sur lequel ce système repose, en lui faisant porter ses injustices et contradictions, puis en montrant, sur quelques exemples pratiques, comment un groupe d’individus, sans distinctions, peut trouver des solutions justes en matière de financement d’entreprises et de logement, d’assurance mutualisée ou de gestion de collectivités.

La plus grande force du système est de nous convaincre (presque) tous de son inéluctabilité et de sa toute puissante rationalité. Soyons, si Dieu (swt) nous y autorise, un petit grain de sable accessoire de son déraillement…

Banque islamique : de la propagande à la réalité, partie 1/3

Banque : entreprise dont l’objet est le commerce de l’argent. Elle est chargée de collecter les dépôts et l’épargne de ses clients, de trouver des solutions de financement à leur projet, d’effectuer des paiements pour leur compte et de gérer des valeurs boursières.
Dans cette définition très générale du rôle de la banque, nous trouvons une description réaliste de ses activités et de la fonction qu’elle remplit dans notre société, occidentale et « moderne ». L’essentiel de ses revenus provient de son aptitude à « gérer » de l’argent et à produire un certain nombre de services financiers reliés à cette gestion, de manière plus ou moins directe.
Interrogés sur le rôle présume de la banque, la majorité de ses clients identifient les deux activités suivantes :
1) la gestion des dépôts (salaires, épargnes, etc) et des paiements (virements, retraits, chèques et cartes)
2) le « prêt » immobilier

Le lecteur remarquera probablement que le mot « prêt » est dans ce texte toujours accompagné de guillemets dès lors qu’il s’agit de crédit. Il y a, à mon sens, un abus de langage dans la pratique banalisée de cette association sémantique entre prêt et crédit. Dans le dictionnaire, « prêter » consiste à « confier provisoirement quelque chose à quelqu’un ». Il n’apparaît pourtant dans le même dictionnaire aucune mention d’un quelconque versement d’intérêts en échange du dit prêt.

En fait, dans le cas des banques, il semble plus approprié d’utiliser le terme « location ». Une personne ayant recours au crédit bancaire dira alors « j’ai loué de l’argent pour acheter la maison, ça valait mieux que de la louer… », ou encore « les locations d’argent sont l’une des activités principales des banques de détail… », ce qui correspond bien mieux à la réalité que vivent chaque jour les consommateurs endettés.

Un observateur paranoïaque pourrait également se demander si le choix du mot « prêt » dans le marketing des banques est vraiment si innocent qu’il en a l’air. « Prêter », c’est ce que fait un ami quand on a un coup dur ou ce que fait un enfant quand il apprend le partage. Les organismes de crédit ont-ils voulu s’approprier cette part inconsciente d’entraide et de sympathie que le mot « prêt » porte en son sens ? En regardant certaines publicités pour les crédits à la consommation par exemple, le même observateur paranoïaque pourrait être pris de vertiges : la représentation qui est faite du crédit est toujours très enfantine et innocente : un doigt bienfaiteur donnant des « coups de pouce » aux emprunteurs, ou encore un bonhomme vert jouant au frisbee avec les enfants sur la plage des vacances, payées à crédit.

On ne voit pourtant nulle part le drame que vivent de nombreux ménages surendettés, ni les huissiers qui saisissent les biens de ceux qui ne peuvent plus payer leurs mensualités, les chargés de recouvrement menaçants, ou encore les commerciaux insistants qui expliquent que « tout est possible » sur les coins de tables en contreplaqué du « pays où la vie est moins chère », à condition qu’elle se paye en plusieurs fois bien sûr…

Il est paradoxal, lorsque l’un d’entre nous a besoin d’argent, qu’il lui soit plus naturel de demander à la banque de « l’aider » plutôt qu’à ses proches (familles, amis, collègues, …) et cela même quand il s’agit de sommes relativement petites. Il semble acquis, dans l’imaginaire collectif, que la banque contrôle l’argent et qu’elle est donc l’interlocuteur le plus crédible pour le « prêter » ou le « gérer ».

C’est la nature profonde de la mission de la banque qui est ici en jeu.
Pourvoyeuse de financement en échange d’un taux d’intérêt, la banque participe à un système structurellement inflationniste : pour consommer on « emprunte », pour rembourser ce que l’on « emprunte », on augmente le prix de ce que l’on vend (y compris son travail), pour faire face à cette augmentation de coût, notre acheteur augmente les prix ou « emprunte », etc etc
Offrant un taux d’intérêt à ceux qui lui confient leur épargne et leur trésorerie, la banque centralise des réserves qui auraient pu être prétées (dans le vrai sens du terme) ou investies dans des projets ayant un impact social et économique positif, même s’ils sont financièrement moins « rentables » qu’un placement à intérêts.

Faisant miroiter aux consommateurs l’accès à un monde matériel dont leur pouvoir d’achat réel les exclut, la banque fait partie d’un système qui les encourage a s’endetter pour pouvoir satisfaire leur conformité à une norme conçue pour être juste un peu au- dessus d’eux… On voit ainsi apparaître un univers de biens et services accessibles à crédit qui démultiplie les possibilités de possessions matérielles, offrant un accès virtuel à la classe de pouvoir économique supérieure à chaque individu solvable (ou non) dans la société de consommation.

C’est dans ce contexte qu’est discutée l’ouverture (déjà effective dans certains pays) de « banques islamiques » en Occident. Tous les journaux financiers de la place vantent les mérites de ce « nouveau marché » qui pèse entre 300 et 600 milliards de dollars selon les estimations et l’évolution assez fluctuante de la monnaie américaine. Cette « demande islamique » n’inclue pas encore réellement celle des « musulmans vivant en terre non musulmane », et est essentiellement constituée de riches investisseurs et d’organisations du Golfe et d’Asie du Sud Est.

Cette demande à forte capacité d’investissement est traitée déjà depuis plusieurs années par les banques traditionnelles qui ont même, pour certaines, créé des filiales dédiées afin d’endosser un marketing plus « oriental » sans remettre en cause l’appartenance culturelle de la maison mère au modèle bancaire occidental classique. Des ingénieurs spécialisés sur les produits prétendus conformes à la Shari’a ( prononcer « charia-complayante ») planchent du matin au soir pour « halaliser coûte que coûte l’inhalalisable », au moins sur les jolis prospectus bordés de calligraphies arabes…

Discussion sur un "desk" de "trading" d’une grande banque d’investissement française :
Un ingénieur-naïf : Et ce produit, comment tu vas le rendre « charia-complayante » ?
Un ingénieur-plus-naïf-depuis-longtemps : Facile, on remplace les actions « aram » (pour « haram », interdit en Islam) comme Heineken par des actions autorisées, comme Coca Cola ou Nestlé. Ensuite, pour les paiements d’intérêts, on fait un achat-vente de matière première ou on paye au client le portage… Il ne reste plus qu’à le soumettre au « charia-borde » (pour « Shari’a board », conseil religieux chargé de valider les produits vendus à une clientèle « Shari’a »).
Un ingénieur-naif : Ah d’accord…

Autre extrait dans une équipe d’ingénierie d’une (très) grande banque d’investissement anglo-asiatique :
La chef : Alors, dans les demandes qu’on a cette semaine, y’a du « charia ». Qui s’en occupe ?
Un ingénieur-encore-un-peu-naïf : Il faudrait vraiment regarder dans le détail ce qu’ils nous demandent pour être sûrs que ça correspond vraiment à ce qu’ils espèrent, ça va prendre un peu de temps…
La chef : Non, ne te casse pas la tête, ils savent pas vraiment ce qu’ils veulent de toutes façon. Utilise la présentation qu’on avait faite la dernière fois pour Bank-Arabian-American ou Saudi-British-Investments, je ne sais jamais qui est qui !
Un ingénieur-encore-un-peu-naïf : Ah d’accord…

Ces extraits de conversations montrent deux choses : la première est que la norme légale et l’éthique économique musulmane sont considérées par les banques comme des caractéristiques marketing du client, ni plus, ni moins, un peu comme une préférence culturelle ou un goût particulier pour certains styles vestimentaires (sans même parler de l’homogénéisation de ladite clientèle a une entité arabo-islamisante floue à laquelle on peut indistinctement servir les mêmes « solutions personnalisées » en changeant le nom en haut de l’offre…).
La seconde est que la décision et la structuration de l’investissement est morcelée entre plusieurs intervenants au sein même de la banque. Le projet soumis pour approbation au Shari’a board est donc bien souvent truffé d’omissions et d’imprécisions (involontaires ?), afin d’obtenir la validation tant convoitée du produit. La responsabilité du Shari’a board se limite à l’avis qu’ils ont rendu, compte tenu des éléments dont ils disposaient, bien souvent incomplets (les éléments).

Une banque islamique, c’est comme un Mac Donald’s halal : un concept dont le sens même est à questionner.

Le rôle que joue la banque aujourd’hui dans le contrôle des pays en développement, la réalisation de richesses pour des investisseurs déjà largement dotés au détriment des autres, l’assujetissement des consommateurs "frustrés" à une servitude quasi-volontaire par la dette, la rend tout simplement incompatible avec l’éthique musulmane. Comment donc faire coéxister ces deux idées sans entrer sur le terrain des compromis innacceptables ?

Fleurissent aujourd’hui dans la communauté musulmane occidentale d’ardents défenseurs de cette « nouvelle finance », prêts à supplier les banques classiques de répondre à leur appel de consommateur. Ces dernières, naturellement attirées par l’intérêt financier que cette nouvelle clientèle représente, doivent répondre de manière stratégique à la question suivante :
« Dans le climat actuel, où les musulmans ne sont pas très populaires dans notre société, les bénéfices générés par cette nouvelle clientèle compensent- ils, à moyen terme, les retombées négatives sur notre image de marque pour avoir cédé à ce que certains appellent déjà "la pression communautariste" ? »

On voit bien que la réponse à cette question change d’un pays à l’autre, dépendant de la place que les musulmans occupent dans ce pays, de leur perception par les autres citoyens et par les gouvernants, de leur pouvoir économique, de leur stratégie d’influence (si elle existe), etc…
Si les banques françaises n’ont pas encore répondu a cette question, alors on se permettra de nous en poser une autre : Est-ce une mauvaise nouvelle ?

Réponse à l'article "la charia, le riba et la banque"

Un travail d’explication et de vulgarisation des positions de l’Islam sur l’économie de marché s’opère depuis quelques années sous deux impulsions : d’abord la prise de conscience de la part du monde musulman des enjeux financiers à l’échelle des familles, des collectivités et des Etats, avec la volonté de les prendre en main tout en restant fidèles à leur éthique et à leur foi, favorisant ainsi l’émergence de savants spécialisés dans les questions de jurisprudence ayant trait à l’économie et à la finance en général, et au riba en particulier.
Ensuite par la récente maturité d’une génération de Musulmans vivant dans des pays où ils sont minoritaires et qui ont cherché à trouver des solutions, y compris financières, pour vivre pleinement leur foi et leur citoyenneté sans que l’une entre en conflit avec l’autre.

Ce travail de re-lecture des sources musulmanes à la lumière de notre contexte et de prise de responsabilité sur les enjeux économiques, dont les implications vont des questions environnementales aux rapports géo-stratégiques de notre monde, incombe à la communauté musulmane dans son ensemble, et doit prendre en compte les contextes spécifiques de chacun de ses sous-groupes, tout en les intégrant dans une dynamique plus large qui tient à l’universalité du message de l’Islam, qui vise à réformer l’Humanité dans son ensemble.

Dans l’article intitulé « La charia, le riba et la banque » paru sur le site Oumma.com le 29 septembre 2007, l’auteur met en scène l’une des séquences devenues classiques dans la critique des tentatives de réformer le système pour le rendre plus fidèle à l’Islam : un Maghreb ayant jusque là accepté le modèle des « banques modernes » menacé par l’influence de « prédicateurs du Moyen Orient » issus d’un « courant religieux conservateur », qui chercheraient à favoriser l’émergence de « banques islamiques » (non moderne donc) respectant la Shari’a.
La suite du document est une tentative d’explication du caractère progressiste du recours aux intérêts bancaires, censé favoriser l’enrichissement et le développement des pays, et la prétendue différenciation entre l’idée d’intérêts bancaires et celle de riba, la dernière étant formellement proscrite par l’Islam.

Sur la forme, permettez-moi de relever ici quelques points qui ont attiré mon attention :
L’article est écrit dans ce qu’on pourrait appeler un « glissement d’expertise » entre les compétences attribuées à l’auteur dans le CV que l’on trouve en bas de page (« économiste à l’université de Paris et de Pittsburgh, consultant à Washington DC, puis responsable à la Banque Mondiale, etc ») et le cœur de l’article, qui se concentre en fait sur la co-existence d’avis juridiques divergents sur la question du riba en Islam.
Jusqu’à preuve du contraire, le Maroc est un pays dont le peuple est d’obédience musulmane et, à ce titre, participe pleinement et légitimement à l’effort intellectuel et spirituel de définition des positions et propositions de l’Islam sur les questions économiques (dont celles ayant trait au riba).
Pourquoi dans ce cas décrire les Marocains comme infiltrés par « un courant religieux conservateur, prenant naissance dans les Etats du Golfe se propageant depuis plusieurs années… » ?

Ce genre de séquence rappelle fortement les constructions fantasmées de la majorité des journalistes à grand spectacle lorsqu’ils parlent d’Islam : le concept d’une idéologie qui se propage et vient, à un moment donné, menacer l’équilibre d’un système dont la modernité qu’on lui allègue est indiscutable.

Je rejoins l’auteur dans les réserves qu’il émet quant à la manière dont la « finance islamique » est majoritairement pratiquée aujourd’hui, notamment sur le sentiment de contournement qui se dégage de certains montages financiers estampillés « halal » et qui, au fond, relèvent de l’acrobatie juridique ou du re-packaging ethnique, bien qu’il existe de bonnes exceptions à encourager. Je suis par contre nettement moins péremptoire que lui dans la responsabilité qu’il semble attribuer aux savants musulmans impliqués sur ces questions de finance.
Je cite : « Cela ferait partie des « hiyals » (ruses juridiques) dans lesquelles les théologiens musulmans sont passés maîtres, au cours des siècles ». Je me garderai bien d’une telle accusation et me permettrai de faire remarquer, sans être moi-même un expert sur le sujet, que dans la construction de montages financiers dits islamiques, les savants musulmans sont bien souvent cantonnés à un rôle de validation d’un montage qu’on leur propose, sans avoir accès à chacun des rouages dudit montage.

Leur responsabilité dans la validation de telles structures financières est donc engagée dans la limite des informations et de la visibilité dont ils ont disposé pour statuer. Ceux qui cherchent à « atteindre leurs buts lucratifs » sur le dos des Musulmans sont plutôt ceux qui instrumentalisent les savants musulmans à leur quête d’un marché de plus.
Ce genre d’écueil est l’une des conséquences de la volonté de compromis dont nous avons voulu faire preuve sur la question de la finance et qui hélas échoue souvent dans la compromission, tant le système financier lui-même porte un certain nombre de valeurs qui font qu’on ne peut tout simplement pas construire de « banque islamique » au sens propre, l’objet « banque » lui-même étant conceptuellement si éloigné de la vision de justice sociale et économique à laquelle l’Islam nous invite.

Le recours dans la dernière partie de l’article à un cas particulier pour tirer des vérités générales relève pour moi, au minimum, de la maladresse : on nous raconte ici l’anecdote d’un Musulman résidant aux Etats-Unis pour qui le recours à la « banque islamique » locale pour l’acquisition de son logement revenait plus cher que la banque conventionnelle, puis on présente cela comme un argument pour en déduire que ce genre de situation n’est « pas recherché par l’Islam ».
Tout en allant dans le sens de l’auteur sur la dénonciation de la politique tarifaire de tels organismes, une telle vue de l’esprit peut être dangereuse, si elle est mal comprise, dans le sens où elle pourrait laisser croire au lecteur que le système économique Musulman participe à ce déséquilibre dans le coût pour le consommateur, ou pire : que l’interdiction du riba trouve ses limites quand il s’agit de considérer les prêts immobiliers.

Sur le fond, je trouve disproportionnée la mise en avant de positions minoritaires de certains savants musulmans sur les questions de riba, utilisées ici comme des arguments d’autorité censés donner un minimum de contenance à une thèse que l’on commence à bien connaître et qui consiste à légitimer le recours aux intérêts bancaires en masse, ce qui est bien loin d’une démarche comme celle du conseil européen de la fatwa, qui a rendu un arbitrage sur un des « cas limites » qui prêtaient à discussion (celui de l’achat de logement avec recours à un prêt bancaire quand aucune autre solution n’est possible).
On apprend ainsi que les oulémas ont assez rapidement compris le fonctionnement du système, et réalisé que l’intérêt constituait une rémunération justifiée du capital financier et de l’épargne ». Jusqu’à preuve du contraire, l’avis qui fait consensus en Islam est que l’idée de riba s’applique à toute croissance de capital réalisée sans effort ni échange commercial.
Sur la même proposition de l’auteur, j’ose espérée que son expérience de « responsable à la Banque Mondiale » lui a permis de constater les conséquences de la pratique des intérêts sur les économies des pays emprunteurs (pour la plupart en développement et détenteurs de richesses naturelles), asservies et soumises au contrôle du FMI et de la Banque Mondiale à cause de leur dette.

Pour parler du bon monde civilisé et « moderne », près de deux millions de ménages américains ont également pu faire, il y a quelques semaines, et à leur frais, la démonstration de l’injustice d’un tel système quand ils se sont retrouvés sur le trottoir, dépossédés de leur maison pour quelques mensualités non payées de leur vies à crédit…

La question des intérêts est un sujet grave que l’on ne traite pas avec légèreté. Sous l’apparence d’une simple méthodologie pour rémunérer les prêteurs d’argent, elle cache des leviers de contrôle des pays émergents et en développement, tout en asservissant chaque être humain de ce monde au système par sa dette et sa dépendance à la consommation de ce dont il n’a pas les moyens. Elle se présente comme un vecteur de développement et de modernité, mais elle alimente elle-même l’injustice économique qu’elle prétend être venue combattre.

Tuesday, January 30, 2007

Sur la croissance

Deux définitions très simples et très générales :

« Croissance d’un pays : Augmentation de la richesse économique d'un pays, mesurée à travers deux indices, le PIB et le PNB, qui montrent de combien l'économie du pays a évolué au cours d'un an. »

« Croissance d’une entreprise : Augmentation durable de la production de biens et de services sur le long terme. »

Je ne sais pas pour vous, mais quand j’entendais le mot « croissance » avant de savoir ce qu’il signifiait vraiment, je pensais systématiquement à une belle plante verte ou à un arbre en train de pousser : quelque chose, en somme, qui renvoie à la première acception du mot : croître, c’est grandir. Quand on me parlait de la croissance d’un pays, je m’attendais donc à ce qu’il s’agisse de son développement, ou de l’augmentation de sa population, ou encore d’une amélioration de sa situation économique et sociale. Je me trompais manifestement. En fait, quand un homme politique ou une personne présentée comme un expert utilise le mot “croissance”, ce n’est pas à ces indicateurs de développement positif qu’il se réfère. Dans le cas d’un pays, il s’agit d’une augmentation sur l’année en cours du produit intérieur brut du pays, ou du produit national brut, tous deux des mesures du volume d’activité des entreprises du pays et de leurs bénéfices. Dans le cas d’une entreprise, il s’agit de l’augmentation des bénéfices et des dividendes annoncés pour les actionnaires, les seuls vrais décideurs du fonctionnement et de l’avenir de l’entreprise, bien avant son fondateur ou ses employés.

La simple formulation du mot « croissance » par un individu devrait amener deux questions chez toute personne saine d’esprit :

1) Croissance de quoi ?

et surtout

2) Croissance pour qui ?

La première question vient remettre en cause la pertinence du choix de la « croissance » comme indicateur de développement d’un pays, car elle ne tient aucun compte du bien être ni l’amélioration du sort des individus, qu’il s’agisse de la qualité du système de santé qui leur est proposé, de leur éducation, ou encore de la paix sociale dans l’environnement considéré. Des considérations comparables sont formulables dans le cadre de l’entreprise.

La seconde question nous renvoie à l’inégale répartition des richesses. Je me rappelle, comme si c’était hier, du cours de géographie au collège, lors duquel on comparait le développement des pays entre eux en les classant par PNB/habitant croissant. Cette comparaison avait le mérite (involontaire ?) d’induire chez nous l’idée fausse que l’argent que brasse un pays est également réparti entre ses habitants. Un corollaire de cette idée serait de dire que quand le PNB du pays augmente, la part qu’en tire chaque citoyen augmente. La seconde idée fausse que ces comparaisons induisent, c’est que si le PNB/habitant du pays A est plus grand que celui du pays B, alors la situation, économique pour le moins, des citoyens du pays A est très probablement meilleure que celle des citoyens du pays B. Absolument faux, à moins qu’on pré-suppose que le système d’inégale répartition des richesses est le même dans les deux pays (ce qui dans un monde pessimiste n’est pas à exclure vu que les richesses profitent en général aux mêmes groupes de population, c’est ce que j’appelle l’oekuménisme du capital // ils sont tous frères devant leur banquier suisse).

Quand un homme politique (ou un semi homme selon la taille) dit « il faut plus de croissance pour rétablir la France », il faut entendre « mes amis et moi ne sommes pas rassasiés, pourriez vous travailler encore plus pour nous ? ».

Dans une économie de marché comme celle de la France, le bien être social et économique des individus est un difficile équilibre entre la force de travail (les employés) et la force du capital (les actionnaires). Pour ne pas avoir à faire face à leur défaillance face aux actionnaires quand il s’agit de contrôler l’économie d’un pays, les hommes de pouvoir (qui ne disposeront plus bientôt que du pouvoir de dire « oui » en fait) se déchargent sur l’autre coté de la balance, les faibles sur qui ils ont encore une influence : les citoyens qui travaillent, et qui doivent finalement travailler plus, pour que dans des stations de sport d’hiver, au bord de plages sans voisinage ou à la cafétéria d’un terrain de golf au milieu du désert, quelques individus puissent se plaindre, une paille au bord des lèvres, de la mauvaise conjoncture et de la tension des marchés.

J’ai toujours écouté avec stupéfaction la façon dont ces handicapés sociaux parlent du « marché » comme d’un fils imprévisible :
« Comment se porte le marché aujourd’hui ?
Le marché semble se relever doucement ce matin.
La crise d’hier l’a beaucoup affecté.
Le marché rebondit.
Le marché a intégré toutes les informations publiées…
Le marché souffre.
Le marché réagit. »

Le marché est au fond tout ce qu’ils ont, car ceux qui les entourent ne les voient plus que pour ce qu’ils rapportent, et n’attendent d’eux que chiffres et certitudes. Au sommet de l’échelle ? Ils sont pour moi au bord du gouffre. Ceux à qui j’accorde encore le bénéfice du doute quant à leurs motivations ne se rappellent d’ailleurs pas comment ils en sont arrivés là. Mais bon, si le marché l’a décidé…

La croissance est donc un indicateur biaisé du développement, qui n’indique la santé, en somme, que du portefeuille de ceux qui la contrôlent. Les autres auront des miettes s’ils sont bien sages.

La force du « discours de croissance » qui nous est tenu, tient en fait dans son apparente inéluctabilité. On nous présente les choses comme allant de soi, et on nous demande sans cesse plus d’efforts, car « nous sommes menacés », nous dit-on, par la malfaisante main d’œuvre bon marché des plus pauvres que nous, qui pour atteindre notre PNB/habitant (voir plus haut), veulent voler nos emplois… « c’est donc ça la mondialisation » : tout un programme. A la vérité, ils pensent qu’en criant leurs mensonges plus forts que les autres, ils en feront une semi vérité (dite par un semi homme politique, voir plus haut) mais, comme dit mon livre préféré : « Ils cherchent à tromper Allah et les croyants; mais ils ne trompent qu'eux-mêmes, et ils ne s'en rendent pas compte. » (Coran, sourate 2, verset 9).

Friday, January 12, 2007

Pour un système d’épargne plus juste

En désaccord avec le système d’épargne et d’investissement tel qu’il est pratiqué en France aujourd’hui (tant sur le fond que sur la forme), nous avons, avec un groupe d’amis proches, réfléchi à une solution alternative, plus juste et plus simple. Un tel système d’épargne devait respecter le droit musulman (qui a, entre autres, la vertu de garantir l’équité entre les partenaires), être un moteur positif pour l’environnement économique, social et naturel dans lequel il est développé et s’insérer pleinement dans les cadres que prévoit la loi française pour les entreprises et les associations.

Voici les étapes les plus importantes dans notre projet de coopérative financière, avec quelques chiffres pour rendre les choses plus concrètes :

1) Un groupe de personnes (10 à 15 pour commencer) réunissent une partie de leur épargne (disons 30000 euros en tout). La somme constitue le portefeuille d’investissement de la coopérative.

2) Quelques personnes dans le groupe sont choisies pour gérer l’argent réuni. Nous avons dans notre cas choisi 1 juriste, 1 comptable fiscaliste et 2 financiers

3) Le portefeuille est divisé en 10 bourses de 3000 euros (ou 5 de 6000 euros, selon le choix du groupe)

4) Les bourses sont investies dans des projets différents : un pharmacie, un restaurant, une entreprise de livraison, une association de soutien scolaire, une salle de sport, …

Chaque projet a un profil de risque/rentabilité différent : la pharmacie gagne par exemple plus d’argent en hiver, alors que le restaurant exploite sa terrasse et réalise un plus gros chiffre d’affaire en été. L’entreprise de livraison a des clients réguliers et présente un risque d’investissement moindre. Enfin, l’association de soutien scolaire, ne réalise pas de bénéfices (pas chiffrables en euros en tout cas).

L’allocation du portefeuille est faite en prenant en compte ces différences de risque/rentabilité entre les projets, pour faire en sorte que les pertes potentielles des uns soient compensées par les bénéfices des autres.

5) Chaque bourse est investie dans un projet, selon un type de partenariat:

on choisit par exemple de « prêter » une bourse à l’association de soutien scolaire pour une durée d’un an à un taux 0 (sinon ça ne serait pas un prêt mais une location usuraire…).

On « investit » dans le restaurant en prenant des parts dans le capital de l’entreprise pour une durée d’un an. En contrepartie de notre investissement, nous toucherons une part proportionnelle des bénéfices ou nous assumerons une part proportionnelle des pertes.

Nous sommes donc dans une vraie logique de partenariat et d’entraide économique. L’intérêt (sans mauvais jeu de mot) de notre groupe va dans le même sens que celui des entrepreneurs, et nous sommes également là pour les aider et leur donner notre avis en cas de coup dur : les compétences des membres du groupe (marketing, vente, informatique, comptabilité, mathématiques, droit, …) sont toujours disponibles pour donner quelques conseils.

6) En fin d’année, un bilan est réalisé des projets auxquels nous avons participé :

Projet A :
Somme investie en début d’année: 3000 euros
Valeur de la part en fin d’année : 2500 euros
Bénéfices :-500 euros

Projet B :
Somme investie en début d’année: 3000 euros
Valeur de la part en fin d’année : 3700 euros
Bénéfices :-700 euros



Projet Z :
Somme investie en début d’année: 3000 euros
Valeur de la part en fin d’année : 3000 euros
Bénéfices : 0 euros

En additionnant les gains et les pertes de chaque projet, on aboutit à une valeur totale du portefeuille de 32000 euros par exemple, et chaque membre du groupe d’investissement touche une part des bénéfices proportionnellement à ce qu’il a investi.

7) La Zakat el Mal (2.5% de l’épargne) peut également être incorporée directement dans le système de coopérative et versée à des associations habilitées.

8) Dans notre exemple, les entrepreneurs avec qui nous avons travaillé se sont aidés les uns les autres par notre intermédiaire sans même sans rendre compte : les bénéfices de la pharmacie ont par exemple compensé les pertes du restaurant, etc… Par ailleurs, les entrepreneurs qui ont bénéficié de notre aide cette année pourront être des investisseurs dans la coopérative dès l’année suivante, et ainsi participer positivement à la dynamique du système.

9) C’est donc un véritable cercle vertueux qui se met en place au fil des investissements :
- les investisseurs sont responsabilisés quant à l’usage qui est fait de leur argent, et ils l’orientent volontairement vers l’entraide de ceux avec qui ils vivent.
- l’ensemble des investisseurs et des entrepreneurs favoriseront davantage les entreprises et associations qui participent au réseau de la coopérative (le restaurateur va à la pharmacie, les élèves du soutien scolaire vont également à la salle de sport, la pharmacie utilise l’entreprise de livraison pour ses urgences, et ainsi de suite, …)
- une fois l’étape d’incubation dépassée, la coopérative peut s’agrandir et ainsi élargir le réseau d’entraide économique, tout en servant d’exemple et de support à d’autres coopératives dans d’autres régions, au-delà même de la communauté musulmane…

10) L’existence d’un système économique juste, qui respecte l’environnement, ne laisse personne sur le bord de la route et participe au développement social, fait voler en éclat le modèle capitaliste classique qu’on nous présente malhonnêtement comme étant le seul viable, le seul possible. Réussir à faire vivre une telle initiative, avec l’aide de Dieu (swt) et conformément à l’éthique musulmane, c’est réaliser la démonstration, définitive et sans appel, que le système économique dans lequel on essaie de nous enfermer est bien ce que l’on pensait de lui : une imposture destinée à faire prospérer un petit groupe aux dépens du reste du monde.

Sunday, December 24, 2006

Les réponses aux principales questions de jurisprudence islamique en matière de finances et d'économie

as salaam alaikum,

Un petit post pour donner les références de deux sites que j'apprécie particulièrement pour la qualité de leur contenu:

1) La maison de l'Islam : www.maison-islam.com , tenu par un musulman de l'île de la Réunion avec un solide bagage en sciences religieuses.

Vous trouverez, parmi les différentes rubriques un ensemble de questions/réponses sur l'économie et la finance avec des points complets sur les arguments de jurisprudence islamique en la matière.

Quelques réponses très utiles tirées de la maison de l'Islam:

L'assurance commerciale : autorisée ou non ?

L'intérêt perçu dans certains échanges ('ar-riba fil-buyû'')

Qu'est-ce que l'intérêt ('ribâ') ? Pourquoi l'islam l'a-t-il interdit ?

Peut-on vendre ce que l'islam nous a interdit d'utiliser ?

Qu'est-ce qu'un "bien commercial" ("mâl"), pouvant être vendu et acheté ?

Peut-on acheter quelque chose sans l'avoir vu (bay' mâ lam yarahû) ?

Peut-on vendre ce qu'on ne possède pas encore (bay' mâ lâ yamlik) ?

La transaction comportant un flou ou un aléa (bay' al-gharar)

La double vente, avec retour au vendeur et variation du prix (bay' al-'îna)

La vente à tempérament (bay' bi-t-taqsît) est-elle autorisée ?

Peut-on spécifier des conditions lorsqu'on conclut une vente ?

La vente avec versement d'arrhes (bay' al-'urbûn) est-elle autorisée ?

Monnaie, marchandise et principales formes de transactions

Quelques uns des arguments juridiques développés par Anas Ahmed Lala dans les réponses ci dessus sont fondamentaux dans l'étude des produits plus complexes de type optionnel, vente à terme, financements structurés, ... Ils peuvent également servir de base à la définition de produits d'épargne ou d'assurance qui seraient en accord avec l'éthique musulmane.

2) www.islamophile.org : un site très complet avec une banque de fatwa très riche, du matériel multimédia de qualité et des études historiques approfondies.

Tuesday, April 04, 2006

Théorie de la relativité appliquée aux systèmes de valeur

le point central qu'il faut prendre en compte est le suivant : la difference fondamentale entre les modèles financiers musulmans et ceux adoptés en occident, c'est que l'Islam ne conçoit aucun gain aux dépens des autres. Autrement dit, entre deux personnes qui sont en affaire, on gagne ensemble ou on perd ensemble, alors que les gains dans les salles de marchés des grandes banques occidentales sont symétriques à des pertes de la part de l'acteur du marché qui est en face de nous (et qu'on ne connait en géneral pas). C'est une limite très facile à voir. J'aimerais qu'on s'y arrete un moment.

la culture capitaliste/matérialiste/occidentale a developpé des individus qui n'ont pas d'echelle de réussite absolue, il ne voient leur réussite que de façon relative. Leur rejet de Dieu dans leur vie quotidienne s'est faite aux profit de nouvelles idoles : l'argent, les stars et surtout ce qu'ils appellent leur "intellect". En effet, beaucoup disent "ne pas avoir besoin de Dieu" car ils pensent avoir atteint ce qu'il s'étaient fixé comme idéal. Un idéal tout relatif.

Explication :

prenons un matérialiste moyen, très moyen, que nous nomerons J. A la question "J, quel est ton ideal ?", il fournit la reponse suivante :

"aloooors, je voudraiiiiiiis :
-25000 frs (3800e) par mois
-une maison avec une piscine dans un quartier sympa et un mixeur chromé
-une bmw serie 5 avec des fauteuils en cuir bordeau et un lecteur dvd pour voir le concert de johnny
-une femme belle (à son gout)
-un tas de trucs qui ne servent à rien dans la démonstration"

Soit. alors on se cotise tous pour lui verser le salaire qu'il veut, lui payer la maison qu'il veut... et comme on est chic, on lui file des places pour le concert de johnny en cadeau.

content J ?

"Bah oui"

Bon, maintenant, on met J dans un quartier où :
-tout le monde touche 26000 frs (3950e)
-tout le monde a une maison avec piscine ET un jaccousi
-tout le monde a une bmw serie 5 avec johnny assis sur le siège passager avec sa guitare qui chante en live à la demande...

Inutile de vous dire que le monde de J s'effondre. J a une échelle de valeur relative. Depuis petit, il a compris qu'on ne peut reussir QUE mieux que quelqu'un d'autre. Il n'a pas d'idéal à atteindre en vérité, il souhaite juste avoir un "plus mediocre que lui" pour exister, un voisin obèse ou un collègue un peu lent qui fasse ressortir sa beauté ou son intelligence, toutes deux très relatives. On ne peut pas en vouloir à ce pauvre J. On peut même le remercier pour nous avoir rappelé que nous autres musulmans croyons en un ideal absolu, celui de faire le bien et d'être heureux dans cette vie et dans l'autre. On ne réussit pas au detriment des autres. On réussit avec eux. On les aide, on les tire et on les fait monter avec nous. Une fois qu'on a réalisé çà, on comprend déja un peu mieux le système capitaliste :

1) une banque prete de l'argent à une entreprise. L'entreprise ferme. La banque (créancier dit "senior") recupère ses billes. Les employés plongent...

2) Le Cameroun est en difficulté ? super, on vend sa monnaie au profit de l'euro et du dollar. au passage, on en profite pour leur coller une nouvelle dette et on leur achète leurs ressources à moitié prix pour qu'ils puissent payer la première echéance...

3) les pays arabes veulent faire du commerce ensemble ? Paaaaas bien ! intervention du FMI qui leur rappelle leurs anciennes dettes et brandit une nouvelle carotte aussi cartonnée que celle de bugs bunny.

Tous les modèles financiers musulmans sont basés sur un partage des gains et des risques. Ils sont mathématiquement plus avancés, ethiquement irréprochables, politiquement révolutionnaires. Imaginez : le premier système financier international equitable. Autant vous dire que çà boulverserait l'ordre mondial.

Un dernier point. Dans le systeme capitaliste, toute création d'emploi fait partie d'un projet. Le projet est soumis à des décideurs qui décident si le projet est réalisé ou non. Voici leur règle de décision ; pour une somme investie N, si les bénéfices du projet dépassent les interêts que nous auraient rapporté le placement de la somme N en banque, on réalise le projet, sinon, çà va à la poubelle. Voila ce que çà veut dire : chaque jour dans le monde, des miliers de projets qui auraient pu créer des emploi et nourrir des familles sont abandonnés, pas parce qu'ils font perdre de l'argent, mais parce qu'ils en rapportent moins (même un tout petit peu moins) que le pret à interêt. C'est dur à dire, mais si le prêt à interêt n'existait plus, le chomage disparaitrait peut être de façon instantanée.

Finance 3 : l'avènement du marché

Les années ont passé, et la notion de marché de gré à gré est devenue de plus en plus abstraite. Un marché de gré à gré, c'est quand le vendeur et l'acheteur d'un même produit se connaissent. La multiplication des intermédiaires et le nombre d'intervenants croissant sur une gamme de produits restreinte nous a fait entrer dans l'ère de marché. L'acheteur achète sur le marché une quantité donnée d'une marchandise sans connaitre son vendeur. Une chaine d'intermédiaires le relie au vendeur de façon opaque, et il est possible, cette transmission de propriété par échelon n'étant pas instantanée, que le prix d'achat et le prix de vente d'un produit ne soient plus le même au bout du compte parce que le contexte de l'offre et de la demande a changé entre temps ou que le jeu des intermédiaires a creusé un écart. C'est ainsi que s'opère une transaction sur un marché financier classique aujourd'hui. Les transactions de gré à gré représentent encore une part très importante de celles effectuées chaque jour, mais ne représentent plus l'essentiel. On doit bien avoir en tête que quelqu'un peut acheter ou vendre sur le marché une tonne de pommes de terre sans connaitre le producteur, ni savoir comment se cultive la pomme de terre, ni même ésperer se faire livrer un jour la marchandise, mais juste parce qu'il pense pouvoir faire l'opération inverse avant la date de livraison en réalisant un bénefice. C'est du commerce. C'est normal. Tout va bien. On doit également se faire à l'idée que notre rapport à l'investissement dans une entreprise a changé. Avant, investir dans une entreprise, c'était prendre un tiers des parts dans l'entreprise d'un ami pour l'aider à son financement et réaliser un bénefice en cas de réussite. Aujourd'hui, quand j'achète une action France Telecom (mauvaise idée), je possède une part de l'entreprise, mais je n'influe pas à mon échelle sur le fonctionnement de cette dernière, et je n'ai aucun lien avec ses employés ... Plus étonnant encore : la valeur d'une action et la santé de l'entreprise ne sont pas directement liées : en clair, je peux acheter une action parce que je pense que le prix de l'ACTION va augmenter quand je la revendrai et pas vraiment parce que j'envisage de bonnes perspectives de développement de l'entreprise. Il y a 1400 ans, l'Islam était déjà prêt à tout çà et, croyez moi, nous Musulmans sommes très bien doté pour la finance de marché et le commerce puisque Dieu (swt) et son Messager (asws) ont édicté pour nous les règles du premier système garantissant la justice entre tous, y compris en économie wa alhamdulillah.

Finance 2 : de l'usage institutionalisé de l'interêt

Une fois qu'on a compris le role de la monnaie, on comprend que sa nature virtuelle lui interdit d'être productive : une pièce d'1 euro ne peut avoir d'utilité en soi, par contre le kilo de tomates que l'on peut acheter avec peut servir à un repas familial et participer à la croissance des enfants. C'est cette absence de productivité de l'argent qui interdit la rémunération de son usage, et donc le prêt à intérêt. Chez les chrétiens, le prêt à intérêts a longtemps été interdit. Ceux qui le pratiquaient étaient les escrocs, les "usuriers" de la société, jusqu'à l'arrivée du protestantisme et de Luther. Les protestants ont pris certaines libertés avec leur texte sacré pour faciliter le developpement d'un commerce selon leur vision. L'eglise catholique s'est elle aussi, comme à son habitude, octroyé le droit d'arranger le texte à sa guise. Les "usuriers" sont alors devenus ceux qui pratiquaient un taux trop élevé : une notion de l'usure toute relative, qui, comme vous pouvez l'imaginer, a donné lieu à la pratique de taux allant jusqu'à 25 % dans des contextes économiques propices... Mais les précurseurs dans le monde de l'intérêt ont été les juifs, qui l'ont pratiqué les premiers et l'ont développé massivement en Europe, se plaçant des le début dans l'avant garde d'un système d'agents de prêt qui devait plus tard devenir le secteur bancaire...

Sunday, April 02, 2006

Finance 1 : la naissance du marché

Les modèles économiques occidentaux, que les pays du monde ont pris pour réference, sont basés sur la théorie implicite des taux d'intérêts.

Théorie de l'intérêt (version simplifiée) :

Quand on a une somme d'argent (1000f par exemple, soit environ 152 euros), on peut en disposer comme on veut : les dépenser pour faire des courses ou les garder dans la poche. Dans ce cas, on "possède" la somme et on en "dispose". On poeut aussi les preter à quelqu'un qui en a besoin. Dans ce cas, on possède la somme mais un autre en dispose. Dans le système d'interets, on prend pour principe que l'on préfère disposer de ce que l'on possède plutot que de déleguer ce droit à un autre. Pour donner un sens à cette préference, on dit que celui qui emprunte doit, dans un souci "d'equité" (dans son acception capitaliste), verser une rémunération au preteur pour qu'il renonce au droit de disposer de son bien. C'est le principe de la location. C'est ce même principe qui intervient quand on loue une voiture ou un appartement.
La rémunération versée rend aussi compte de l'usure des biens prêtés. C'est très intuitif quand on parle d'une voiture. Cà l'est un peu moins quand il s'agit d'immobilier.
Les économistes ont appliqué depuis des siècles les mêmes principes à l'argent, et proposé de verser une rémunération pour le droit de disposer d'une somme d'argent appartenant à un autre : le taux d'intérêt, ar-riba. L'argent, dans cette théorie, devient un bien (ou du moins la transfiguration des biens qu'on va acheter avec ...), et l'intérêt est le loyer de l'argent.
L'argent se traite, s'achète et se vend sur les marchés financiers comme le maïs, le pétrole ou le jus d'orange.
En dehors des conditions générales qui rendent l'utilisation du pret à intérêt rédhibitoire (marges énormes que prélèvent les banques, gestion immorale des créances, ...), nous nous limiterons ici à soulever quelques questions quant à la nature même de l'intérêt dans le consensus économique global :
L'argent n'est pas un bien. Il n'a pas de réalité physique. Les billets et les pièces ne sont que les représentations visibles d'une valeur. Aristote le premier a soulevé ce problème, en expliquant que l'argent, n'étant pas un bien, ne pouvait avoir de fruits.
Pour comprendre cette idée, essayons d'imaginer la création de la monnaie : imaginons une communauté "primitive" d'agriculteurs. L'un produit des pommes de terre, l'autre des tomates, l'autre ...
Pour vivre heureux, chaque famille a besoin d'avoir un peu des produits des autres. Il pratiquent donc un système de troc de ce qu'ils produisent contre ce dont ils ont besoin avec leurs voisins. Les biens ont déjà une valeur à ce stade : une tomate vaut 3 patates qui valent 2 carottes. Cette valeur prend en compte le cout de la production (eau, temps, soin ...), la rareté du légume en question, la prévision de la récolte, le plaisir ("l'utilité") qu'il procure, ...
Un moment arrive où il n'y a plus d'adéquation entre l'offre et la demande en biens réels. en clair : je veux échanger des patates contre des tomates, mais le fabriquant de tomates a besoin de carottes et pas de patates. Pour continuer à vivre, on crée alors une valeur intermédiaire qui permet de donner des équivalents pour tous les biens échangés et d'avoir des relations binaires simples : valeur contre bien. Cette valeur est la monnaie.